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Question écrite n° 5-4553

de Bert Anciaux (sp.a) du 23 décembre 2011

à la vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargée de Beliris et des Institutions culturelles fédérales

Consommation d'aspirine - Affections de la vue - Dégénérescence maculaire - Corrélation - Campagne d'information

maladie oculaire
médicament
risque sanitaire
sensibilisation du public

Chronologie

23/12/2011 Envoi question
9/3/2012 Réponse

Réintroduction de : question écrite 5-3352

Question n° 5-4553 du 23 décembre 2011 : (Question posée en néerlandais)

Le professeur d'ophtalmologie néerlandais Paulus de Jong a publié dans la revue Ophtalmology le résultat alarmant de ses recherches sur les personnes âgées qui prennent quotidiennement de l'aspirine. Elles indiquent un risque significativement plus élevé de dégénérescence maculaire, une affection oculaire qui consiste en une perte d'acuité visuelle en raison de l'estompement des lignes et des couleurs. Dans des circonstances normales, deux personnes sur cent sont frappées de dégénérescence maculaire. Le risque est double chez les consommateurs d'aspirine.

Par ailleurs, l'aspirine est couramment utilisée par les patients souffrant d'affections cardio-vasculaires, en raison notamment de son effet anticoagulant.

Voici mes questions :

1) Dans quelle mesure les milieux sanitaires belges prennent-ils au sérieux les résultats des recherches sur la corrélation entre la consommation régulière d'aspirine et le risque de dégénérescence maculaire ? Ces résultats sont-ils confirmés par des études en Belgique ?

2) La ministre trouve-t-elle ces conclusions suffisamment pertinentes pour lancer une campagne d'information sur la consommation (importante) d'aspirine, en particulier chez les personnes âgées ?

Réponse reçue le 9 mars 2012 :

  1. L’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé (AFMPS) a fait appel à un expert belge en la matière. D’après l’expert consulté, les résultats de cette étude de P. de Jong et al., qui ont donné lieu à un communiqué de Reuters et à des articles dans les journaux belges, sont connus des professionnels de la santé concernés. Leur publication se compose d’une large étude observationnelle effectuée en Europe (Norvège, Estonie, Royaume-Uni, France, Grèce et Espagne) et d’une grande méta-analyse de publications mondiales qui ont étudié un lien entre la dégénérescence maculaire et l’aspirine.

    Dans leur étude observationnelle, on a tenté de déterminer, sur un groupe de 4 700 seniors de plus de soixante-cinq ans sélectionné sans aucun autre critère que l’âge, s’il existait un lien entre la dégénérescence maculaire liée à l’âge et la prise mensuelle / hebdomadaire ou quotidienne d’aspirine. Ce lien est apparu de façon plus claire chez les consommateurs quotidiens.

    La méta-analyse a montré une association entre une médication anticoagulante, y compris l’aspirine, et des hémorragies maculaires, notamment chez des personnes atteintes d’une dégénérescence maculaire liée à l’âge. En ce qui concerne le lien, plus spécifique, entre aspirine et dégénérescence maculaire liée à l’âge / lésions maculaires précoces liées à l’âge, d’autres études sont également disponibles, mais, d’une étude à l’autre, les résultats varient.

    Le titre « Aspirine vergroot de kans op oogaandoening » (« L’aspirine accroît le risque d'affection oculaire ») a fait la une de plusieurs journaux. Dans les articles, on pouvait notamment lire que deux personnes sur cent sont touchées par la dégénérescence maculaire. Les personnes qui prennent quotidiennement de l’aspirine voient le risque doubler. Le lien mis ici en évidence est présenté comme un lien de causalité, chose que P. de Jong ne fait pas dans sa publication. Il exhorte toutefois à la prudence et à la réflexion ainsi qu’à des investigations approfondies.

    Le communiqué de presse de Reuters (13 septembre 2011) était également plus prudent en ce qui concerne la conclusion de la publication en question : Les données ne montrent pas que l’aspirine cause une perte de la vue. Mais les résultats sont préoccupants - selon les chercheurs - si l’aspirine exacerbe le trouble oculaire, vu le nombre élevé de personnes âgées qui en prennent quotidiennement en raison d'une affection cardiaque. Bien que ce soit une bonne idée de mettre en garde la population du risque de rôle délétère de l’aspirine dans la dégénérescence maculaire, « un œil sain doté de la totalité de ses capacités ne sert à rien dans un corps mort ». En d’autres mots, pour les personnes atteintes de troubles cardiovasculaires qui prennent de l’aspirine afin d’empêcher l’aggravation de leur état, les bénéfices du médicament l’emportent sur les risques de santé visuelle. Des études plus larges qui suivent des personnes dans le temps et qui documentent leur utilisation d’aspirine ainsi que leur vision aideront à éclaircir le rôle de l’aspirine dans la dégénérescence maculaire.

    En ce qui concerne les résultats d’une recherche belge, il est apparu, lors d’un réexamen des dossiers de 543 patients atteints de dégénérescence maculaire exsudative qui ont été traités depuis novembre 2007 par Lucentis [médication anti-VEGF (inhibiteur du facteur de croissance endothélial vasculaire) remboursée par l’l’Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI), que 45 % d’entre eux prennent quotidiennement de l’aspirine, la plupart du temps en raison de troubles cardiovasculaires (antécédents d’infarctus du myocarde ou d’angor ou d’arythmie).Lors de sa séance de février 2012, la Commission des médicaments à usage humain examinera si certaines actions à ce sujet doivent être entreprises.

  2. Le 12 septembre dernier, l’AFMPS a lancé une grande campagne auprès du public intitulée « Un médicament n’est pas un bonbon ! ». Via un site internet, des annonces presse et des affiches, l’objectif de la campagne est de diffuser des informations générales utiles au bon usage des médicaments et notamment d’insister sur le fait qu’un médicament doit être pris conformément aux recommandations de la notice, en respectant l’avis du médecin et le conseil du pharmacien. Il appartient notamment au médecin de mettre en balance les bénéfices et les risques du médicament pour chaque patient.