Version à imprimer bilingue Version à imprimer unilingue

Question écrite n° 5-6115

de Bert Anciaux (sp.a) du 24 avril 2012

au vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes

Les déclarations de Vladimir Poutine sur les dépenses de défense

Russie
armement
réarmement
OTAN
dépense de défense

Chronologie

24/4/2012 Envoi question
9/5/2012 Réponse

Requalification de : demande d'explications 5-1996

Question n° 5-6115 du 24 avril 2012 : (Question posée en néerlandais)

Dans le journal officiel « Rossiïskaia Gazeta », le premier ministre russe, M. Vladimir Poutine, a annoncé que pour la prochaine décennie une enveloppe d'environ 590 milliards d'euros serait disponible pour des dépenses militaires. Le premier ministre russe, M. Vladimir Poutine, a promis ainsi un « réarmement sans précédent » de son pays. Selon les observateurs et les analystes, ces propos ne relèvent pas uniquement de la propagande électorale mais sont un signe de la détérioration des relations entre la Russie et les occidentaux. Ce sont surtout les plans d'installation d'un bouclier antimissiles par l'Otan qui expliquent ce choix politique déplorable. Avec sa politique agressive et expansive, l'Otan pose les jalons d'une nouvelle guerre froide. Chronique d'une course aux armements annoncée. Cela avait déjà été épinglé par des voix plus pacifiques et raisonnables dans le débat social et politique. Il me semble que le comble du cynisme est atteint lorsqu'on entame une course aux armements avec un ennemi qui n'en est pas un et, cela, au moment le plus fort d'une crise économique. Je suis dès lors très curieux de la réaction des occidentaux et de l'Otan à cette démarche de la Russie et j'espère que la réaction de notre pays sera de calmer le jeu.

Comment le ministre évalue-t-il les déclarations de M. Poutine ? Considère-t-il la Russie comme une menace militaire réelle ? Le ministre pense-t-il comme moi que le bouclier représente davantage une menace pour la paix qu'une réalisation en sa faveur ? La Belgique envisage-t-elle de revoir sa position en ce qui concerne le bouclier antimissiles et d'utiliser l'abandon de ce projet comme monnaie d'échange dans les négociations sur le désarmement ?

Cette information aura indéniablement des effets sur les décisions du sommet de l'Otan des 20 et 21 mai à Chicago. La Belgique s'investira-t-elle totalement, lors de la conférence et durant sa préparation, pour pousser l'Otan à s'impliquer plutôt dans le désarmement que dans la course aux armements ? Comment et auprès de qui notre pays cherchera-t-il un appui et de quelle façon le ministre œuvrera-t-il à une intervention coordonnée à cet effet.

Réponse reçue le 9 mai 2012 :

La Belgique et l'Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) considèrent la Russie comme un partenaire et pas comme un ennemi ou un adversaire. C'est toutefois un partenaire qui n'est pas toujours facile en raison à la fois des spécificités de sa politique intérieure mais aussi parce qu'il accepte difficilement l'érosion de son statut d'ancienne superpuissance et conserve parfois une vision bipolaire du monde qui remonte à l'époque de la guerre froide.

La Russie n'est pas perçue comme une menace militaire vu les capacités très limitées de l’armée russe en matière de projection de forces. La Russie est consciente de ses faiblesses et elle s’est engagée dans un processus de réforme et de modernisation qui prendra des années. Les efforts russes sont certes aidés par les rentrées pétrolières, mais ils se heurtent à de nombreux obstacles: érosion démographique, retard technologique, faiblesse de la base industrielle, corruption et résistance aux changements au sein de l’appareil militaire. La capacité russe a développer un appareil militaire moderne et utilisable reste donc à démontrer et laisse sceptiques de nombreux observateurs.

Aucun Allié n'envisage de relancer une course aux armements avec la Russie. On assiste plutôt à une diminution généralisée des dépenses militaires, phénomène encore exacerbé par la crise financière. La Belgique est en faveur de nouvelles mesures de désarmement et de transparence avec la Russie, notamment sur le plan des armes nucléaires tactiques.

Les décisions concernant l'installation du bouclier anti-missile ont été prises à Lisbonne et il n'est pas envisagé de les remettre en cause. Le Sommet de Chicago devrait simplement être l'occasion de constater l'existence d'une capacité initiale en matière de défense antimissile. La Belgique se réjouit de la grande transparence dont ont fait preuve les Américains concernant les capacités du système antimissile. Ces informations devraient selon nous suffire à rassurer Moscou sur le fait que ce système n'est pas dirigé contre eux et ne sera pas en mesure de menacer leur capacité de dissuasion nucléaire.

Les développements de ces derniers mois au Moyen Orient et en Corée renforcent la conviction des Alliés que le développement d'une capacité antimissile limitée pourra contribuer utilement à renforcer la sécurité de nos territoires et de nos populations. Je note en passant que plusieurs Alliés, notamment l'Allemagne, qui étaient sceptiques à l'origine par rapport à ce concept, s'y sont ralliés parce qu'ils considéraient que le développement d'une capacité défensive diminuerait l'importance accordée à la dissuasion nucléaire.