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Sénat de Belgique

Annales

JEUDI 19 MARS 2009 - SÉANCE DE L'APRÈS-MIDI

(Suite)

Question orale de M. Jacques Brotchi à la vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur «le développement et la situation des `Stroke Units' en Belgique» (nº 4-685)

M. Jacques Brotchi (MR). - Je profite de cette semaine consacrée au cerveau pour mettre l'accent sur les accidents vasculaires cérébraux.

Un accident vasculaire cérébral est un problème grave dont, chaque année, sont victimes 19 000 Belges et qui peut être dû à une hémorragie ou à une thrombose. Sur ces 19 000 Belges, 9 000 décéderont dans l'année et 6 000 subiront des dommages physiques irréversibles, notamment hémiplégie ou hémiplégie et aphasie avec, par conséquent, une impossibilité de communiquer avec l'entourage. Cette situation est d'autant plus horrible qu'elle peut durer de longues années.

Il existe aujourd'hui, dans notre pays, des possibilités exceptionnelles pour la prise en charge et le traitement des hémorragies ou des thromboses. Le problème, c'est qu'il faut aller vite. En cas de thrombose, il faut pouvoir intervenir dans les quatre heures si l'on veut soit provoquer une fonte du caillot, soit retirer un embol qui bouche une artère.

C'est pourquoi nous souhaiterions développer les Stroke Units qui sont des unités de prise en charge des accidents vasculaires cérébraux.

On nous dit qu'il y aurait actuellement 29 unités dans les centres hospitaliers qui prétendent être des Stroke Units. Tous s'intéressent à cette maladie, mais tous ne disposent pas de l'équipement nécessaire pour prendre les malades en charge rapidement et efficacement.

Contrairement à la Belgique, d'autres pays comme la France, les Pays-Bas et l'Allemagne ont défini un cadre légal pour ces unités. Je souhaite vous interroger à ce sujet car ni vous ni votre prédécesseur n'avez fait évoluer la situation.

Si l'on se réfère aux critères arrêtés, seuls cinq ou six centres sont réellement équipés pour traiter un AVC. Cela représente une cinquantaine de lits disponibles pour une moyenne de 52 AVC par jour. Vous conviendrez que c'est insuffisant.

Que comptez-vous faire pour développer ces unités et permettre que les malades soient pris en charge rapidement ?

En matière de personnel, chaque Stroke Unit devrait disposer d'un médecin ayant une formation spécifique. À l'heure actuelle, le nombre de médecins formés dans cette spécialité est insuffisant. Cela pose évidemment un problème budgétaire.

Quand comptez-vous prendre une vraie décision et définir un cadre légal en ce qui concerne les Stroke Units ? Que pensez-vous des critères définis par le Belgian Stroke Council auquel participent des neurologues et des neuroradiologues interventionnels, bref des médecins spécialisés dans la prise en charge de ces malades ?

Que comptez-vous faire pour assurer la formation des médecins dans la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux ?

Avez-vous l'intention de subventionner ces unités qui disposent malheureusement de budgets insuffisants. Je sais que le budget des Affaires sociales et de la Santé n'est pas extensible à l'infini mais cela permettrait de sauver la vie à des centaines, voire à des milliers de personnes, mais aussi d'éviter, comme je l'ai dit, des dommages physiques lourds, non seulement pour les malades mais aussi pour leur famille et pour la société. Êtes-vous disposée à dégager un budget pour ces malades et si oui, lequel ?

Mme Laurette Onkelinx, vice-première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique. - L'amélioration de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) passe par une optimalisation de la prise en charge hospitalière et par une réduction des délais de traitement.

Pour la prise en charge hospitalière, j'ai l'intention d'élaborer un programme de soins relatif à la prise en charge des AVC ou stroke unit et cela, en exécution de la loi sur les hôpitaux.

Mon administration étudie déjà divers aspects tels que le nombre d'AVC quotidiens, la prise en charge neurologique ou neurochirurgicale, la structure hospitalière la plus adaptée, les équipements nécessaires en matière d'imagerie médicale et de réanimation, etc.

De cette manière, nous pourrons mieux juger la pertinence des critères définis par le Belgian Stroke Council le 24 avril 2007.

L'avis de ce Conseil que j'ai d'ailleurs prévu d'accueillir prochainement au Cabinet, et du Collège des médecins pour la fonction « soins urgents spécialisés » sera bien entendu pris en compte pour la mise en place de ce programme de soins.

Lors de l'élaboration de ce programme de soins, on jugera les qualités, les compétences et l'expérience des médecins qui pourront prendre en charge les patients victimes d'AVC. À partir de ces critères, on examinera si le nombre de spécialistes est suffisant et vers quels domaines particuliers devra s'orienter la formation, si cela s'avère nécessaire, ce que je crois. À partir de la définition de ce concept de stroke unit, on évaluera les moyens humains et matériels nécessaires. En fonction de ces besoins, on pourra déduire si les moyens financiers sont disponibles ou si des moyens supplémentaires, difficiles à chiffrer à l'heure actuelle, sont indispensables.

Connaissant quelque peu cette matière, je ne doute pas que nous établirons un programme de soins avec un soutien financier permettant une amélioration de la situation.

Par ailleurs, comme vous le signalez, l'initiation du traitement thrombolytique de l'AVC est une vraie urgence médicale, pour laquelle chaque minute compte.

Contrairement à ce que vous avez dit, j'ai pris plusieurs mesures en vue de réduire le délai de traitement des AVC.

Ainsi, le projet 1733 va permettre, à terme, une régulation de tous les appels à la garde de médecine générale par le dispatcher médical des centres 100 : en cas d'appel à cette garde, par exemple, pour un infarctus du myocarde ou un AVC, on pourra ainsi activer un SMUR, en plus du médecin de garde, et donc réduire le délai de traitement. Dans le cadre du projet 1733, nous avons deux projets pilotes, l'un à Mons, l'autre à Bruges. Ils n'ont pas été choisis au hasard mais en fonction des accords conclus entre les cercles des médecins généralistes et les services d'urgence.

Ces deux projets pilotes permettront de centraliser tous les appels au niveau du 100, lequel pourra appeler directement le SMUR au lieu de passer d'abord par le médecin de garde. Cette nouvelle procédure réduira le délai de traitement.

Le First Hour Quintet regroupe cinq pathologies : l'arrêt cardiaque, la détresse respiratoire, le traumatisme grave, la douleur thoracique et le stroke. Dans ces pathologies, une intervention médicale adéquate au cours de la première heure améliore le pronostic.

Le suivi de l'activité des SMUR mis en place l'an dernier prévoit d'identifier les pathologies du First Hour Quintet. Plusieurs groupes de travail sont chargés de traiter les données de l'enregistrement SMUR et de faire des propositions relatives à la prise en charge, notamment. Un représentant du Belgian Stroke Council fait partie du groupe de travail « Stroke ». Il oeuvrera sans aucun doute à une prise en charge optimale de l'AVC.

M. Jacques Brotchi (MR). - Je remercie la ministre pour ses propos optimistes et constructifs. Le dispositif prévu permettra d'envoyer très vite un médecin sur place mais il faudrait aussi que tous les malades soient rapidement acheminés dans un des centres compétents. Dans certaines régions, cela reste problématique.