3-2002/1

3-2002/1

Sénat de Belgique

SESSION DE 2006-2007

15 DÉCEMBRE 2006


Proposition de résolution relative à la psycho-oncologie

(Déposée par M. François Roelants du Vivier)


DÉVELOPPEMENTS


On recense en Belgique près de 40 000 cas de cancer par an. Ces chiffres inquiétants nous rappellent chaque jour combien la lutte contre le cancer doit rester une priorité dans le cadre de la politique de santé publique.

En matière de traitement d'un cancer, il n'est plus à démontrer toute l'importance de l'approche multidisciplinaire, garante d'une prise en charge optimale pour les patients atteints d'un cancer. Au sein de cette approche globale, la prise en charge psychologique est essentielle. C'est pourquoi, la présente proposition de résolution souhaite mettre l'accent sur l'importance de la dimension psychologique, bien trop souvent négligée.

Pourtant, l'annonce d'un cancer est un choc et bouleverse complètement la vie d'un patient mais également celle de ses proches. Il faut savoir que le cancer est « à l'origine d'une série de réactions qui peuvent être cognitives, émotionnelles et comportementales » (1) . En effet, de nombreux patients atteints du cancer doivent faire face à de nombreuses difficultés que ce soit dans le cadre de leurs activités quotidiennes, de leur vie sociale, mais également dans le cadre de leur traitement où les malades doivent faire face à des difficultés telles que la chimiothérapie, la douleur, les craintes liées à l'évolution de leur maladie ou encore les effets secondaires des traitements. On constate donc que les patients atteints d'un cancer doivent faire face à une série de difficultés non négligeables.

Ainsi, de nombreuses études ont démontré que « 10 à 50 % des personnes touchées par le cancer, présentaient un haut niveau de détresse » (2) . De même, il ressort de la littérature scientifique, « que 10 à 30 % des proches des patients atteints d'un cancer présentaient une détresse émotionnelle d'un niveau psychiatrique, ce taux passant de 30 à 50 % lorsque le patient était à un stade avancé de la maladie » (3) . Ces statistiques justifient toute l'importance d'une prise en charge rapide des patients atteints d'un cancer ainsi que de leurs proches.

En effet, on estime « qu'une détresse non-traitée peut avoir des conséquences à long terme sur l'adhésion du patient aux traitements, sur sa durée d'hospitalisation, sur ses chances de survie, sur son désir d'un décès anticipé et sur sa qualité de vie et celle de ses proches » (4) .

De plus, il apparaît clairement que « les interventions psychologiques améliorent la qualité de vie et le fonctionnement quotidien des malades et éventuellement de leur entourage » (5) .

La psycho-oncologie est une discipline assez récente, qui s'est développée suite aux progrès réalisés dans le domaine de l'oncologie (6) . La guérison est en effet de l'ordre du possible. Or, « la société de service a entraîné une raréfaction des échanges d'aides pratiques et/ou émotionnelles. Il devient de plus en plus difficile de demander à ses proches un soutien nécessitant un sacrifice de temps important. C'est pourquoi les nombreuses conséquences psychologiques, sociales voire psychiatriques des affections cancéreuses ont entraîné la nécessité de développer une prise en charge oncologique multidisciplinaire » (7) . Le travail des psycho-oncologues consistera à préserver au mieux l'intégrité psychique et physique des patients atteints par le cancer, de récupérer des troubles réversibles et de compenser les troubles irréversibles. En d'autres mots, le rôle du psycho-oncologue sera d'aider le patient mais également ses proches « à s'adapter à l'événement cancer et toutes ses conséquences en vue d'assurer une meilleure qualité de vie » (8) .

En avril 2005, à la demande du Service publique fédéral de la Santé publique une grande étude a été réalisée en Belgique qui visait à répondre à trois questions fondamentales (9) :

1) quelle est la réalité chiffrée de la détresse psycho-sociale à laquelle sont exposés les patients atteints d'un cancer ?

2) Quel est le niveau de détresse de l'entourage ?

3) Quelle est la capacité des médecins spécialistes à détecter et à quantifier cette détresse ?

D'après cette étude, on a relevé 38 types de difficultés auxquelles les patients sont principalement confrontés. Les plus importantes sont d'ordre physique, psychosocial, conjugal et sexuel.

L'ensemble de ces données est repris dans le tableau en annexe 1.

Le tableau suivant reprend l'importance des difficultés rencontrées au cours du dernier mois par les preneurs en charge principaux des patients atteints d'un cancer. L'essentiel de ces difficultés était d'ordre physique, psychosocial, sexuel et de communication (annexe 2).

Selon les résultats de cette étude, il ressort qu'un quart des patients présentait un niveau de détresse élevé et qu'un quart présentait un niveau de détresse moyen. De plus, un patient sur 6 souffrait de dépression moyenne et un patient sur dix souffrait de dépression sévère.

Ces données essentielles démontrent toute l'importance de la prise en charge des patients atteints d'un cancer par des psycho-oncologues qualifiés.

C'est là que le bât blesse. En effet, selon des données collectées en Belgique entre 10 000 et 25 000 patients et autant de proches devraient être pris en charge chaque année (10) . Pour répondre à ce besoin, la Belgique devrait donc pouvoir disposer d'au moins 350 psycho-oncologues. Or, à l'heure actuelle on recense seulement 70 psycho-oncologues pour toute la Belgique, ce qui est donc nettement insuffisant.

On constate également des manques d'ordre matériel comme les locaux, relationnel dû au manque de communication au sein des équipes, organisationnel en raison du manque d'intervenants psychosociaux et de travail pluridisciplinaire et psychologique (11) .

François ROELANTS DU VIVIER.

PROPOSITION DE RÉSOLUTION


Le Sénat,

A. Vu la récente étude d'avril 2005 réalisée par le Service public fédéral de la Santé publique portant sur les besoins et l'organisation du soutien psychosocial des patients atteints d'un cancer et de leurs proches;

B. Considérant que le cancer est à l'origine d'une série de réactions qui peuvent être cognitives, émotionnelles et comportementales;

C. Considérant qu'il apparaît clairement que les interventions psychologiques améliorent la qualité de vie et le fonctionnement quotidien des malades et éventuellement de leur entourage;

D. Considérant qu'il ressort d'une étude menée en Belgique qu'un quart des patients atteints du cancer présente un niveau de détresse élevé et qu'un quart présente un niveau de détresse moyen;

E. Considérant qu'il ressort de la même étude qu'un patient sur six souffre de dépression moyenne et qu'un patient sur dix souffre de dépression sévère;

F. Considérant qu'une détresse non-traitée peut avoir des conséquences à long terme sur l'adhésion du patient aux traitements, sur sa durée d'hospitalisation, sur ses chances de survie, sur son désir d'un décès anticipé et sur sa qualité de vie et celle de ses proches;

G. Considérant que l'aide la plus fréquente chez les patients atteints d'un cancer provient des médecins spécialistes, et que ceux-ci éprouvent d'importantes difficultés à reconnaître la détresse de leurs patients et ont tendance à la sous-évaluer;

H. Considérant que d'après les données collectées en Belgique entre 10 000 et 25 000 patients et autant de proches devraient être pris en charge chaque année;

I. Considérant la pénurie de psycho-oncologues, dont le nombre est évalué à 70 pour l'ensemble du territoire national;

J. Considérant qu'actuellement il n'existe aucune formation spécifique en psycho-oncologie, la formation étant essentiellement basée sur la pratique clinique;

K. Considérant que les unités de psycho-oncologie doivent faire partie intégrante de l'équipe pluridisciplinaire qui prend en charge le patient atteint d'un cancer afin de détecter et de traiter le plus rapidement possible les patients en détresse psychologique;

L. Considérant qu'il est essentiel de former les psychologues à la psychologie mais également les médecins, infirmiers et titulaires de professions paramédicales.

Demande au gouvernement:

1. de développer des formations spécifiques en psycho-oncologie destinées aux psychologues, psychiatres, médecins, infirmières et titulaires de professions paramédicales.

2. de prévoir un budget afin de développer des unités de psycho-oncologie, entités constituées de plusieurs psycho-oncologues, faisant partie intégrante de l'équipe médico-chirurgicale d'une institution, habilitées à offrir des programmes de base.

3. de prévoir un budget pour développer des services de psycho-oncologie, soit des entités constituées de plusieurs psycho-oncologues faisant partie de l'équipe médico-chirurgicale d'une institution habilitée à offrir des programmes de soins.

4. de réaliser tous les cinq ans une évaluation des besoins en psycho-oncologie à l'échelle nationale.

7 novembre 2006.

François ROELANTS DU VIVIER
Margriet HERMANS
Jihane ANNANE
Alain DESTEXHE.

Annexe 1

Source: D. Razavi, I. Merckaert, Y libert, « Étude des besoins et de l'organisation du soutien psychosocial des patients atteints d'un cancer et de leurs proches, Vol. I, ULB, p. 40.

Annexe 2

Source: D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, Étude des besoins et de l'organisation du soutien psychosocial des patients atteints d'un cancer et de leurs proches, Vol. I, Université Libre de Bruxelles, pp. 87 et 88.


(1) D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, Étude des besoins et de l'organisation du soutien psychosocial des patients atteints d'un cancer de leurs proches, avril 2005, Université Libre de Bruxelles, Vol I, p. 22.

(2) D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, o.c., p. 6.

(3) ibidem.

(4) D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, o.c., p. 12.

(5) http://www.bordet.be/servmed/minterne/psychol/engl/ mission.htm

(6) http://spiral.univ-lyon1.fr/polycops/Cancerologie/ Cancerologie-15.html

(7) D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, o.c., Vol III, p. 271.

(8) Ibidem.

(9) P. Scalliet, Psycho-oncologie et communication: formation des intervenants, acte du colloque sur le cancer du sein au Sénat, Bruxelles, 2005.

(10) P. Scalliet, Psycho-oncologie et communication: formation des intervenants, acte du colloque sur le cancer du sein au Sénat, Bruxelles, 2005; D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, o.c., Vol. III, p. 331.

(11) D. Razavi, I. Merckaert, Y. Libert, o.c., Vol. III, p. 312.