3-529/1 | 3-529/1 |
8 MARS 2004
Le jeudi 19 février 2004, le groupe de travail « espace » du Sénat a entendu Mme Fientje Moerman, ministre fédérale de l'Économie, de l'Énergie, du Commerce extérieur et de la Politique scientifique.
Cette audition est à situer dans le cadre de l'intérêt particulier que le groupe de travail « espace » entend consacrer à la politique spatiale belge. L'accent sera mis, à cet égard, sur la place qu'occupent l'industrie et la science belges dans le secteur spatial européen, sur l'intérêt de la jeunesse pour l'espace et les études scientifiques et sur l'information que donnent les médias en matière spatiale.
La loi spéciale de réformes institutionnelles de 1980, modifiée en 1988 et en 1993, définit les compétences respectives en matière de recherche scientifique.
L'article 6bis, § 1er, dispose ce qui suit :
« Les communautés et les régions sont compétentes pour la recherche scientifique, dans le cadre de leurs compétences respectives, en ce compris la recherche en exécution d'accords ou d'actes internationaux ou supranationaux. »
Les exceptions figurent à l'article 6bis, § 2 :
« L'autorité fédérale est toutefois compétente pour :
3º la recherche spatiale dans le cadre d'institutions, d'accords ou d'actes internationaux ou supranationaux;
Au niveau des pouvoirs publics belges, c'est donc l'autorité fédérale, et plus particulièrement le Service public fédéral de programmation « Politique scientifique », qui est compétent pour la recherche spatiale dans le cadre international.
a. Pourquoi l'espace ?
L'exploitation de l'espace constitue pour la Belgique un quadruple enjeu :
scientifique : l'espace est un point d'observation privilégié de l'univers et de la Terre et son milieu d'apesanteur est propice à l'expérimentation dans une série de disciplines scientifiques; il est donc porteur de progrès considérable du savoir;
technologique : l'espace offre aux industries le moyen de maîtriser les technologies les plus avancées dans des domaines comme l'électronique, l'automation, les matériaux, la biotechnologie, les structures aérodynamiques, et surtout de s'initier au calcul de systèmes mécaniques complexes et à la gestion de grands projets;
sociétal : l'espace permet une surveillance globale de l'environnement et l'extension considérable de services d'intérêt général comme la météorologie, les télécommunications, la prévention de catastrophes naturelles, le contrôle de récoltes, les aides à la navigation terrestre, maritime et aérienne;
économique : l'espace est devenu un marché. Ses produits lanceurs, satellites, infrastructures au sol, services de télécommunications, images satellitaires sont désormais négociables. Ces activités exigent une main-d'oeuvre qualifiée considérable.
b. Historique de la navigation spatiale en Belgique
La politique spatiale belge a été mise en chantier à la fin des années 60. La Belgique a participé aux programmes ELDO et ESRO. ELDO (European Launchers Development Organization) était un programme pour le développement de lanceurs européens (fusée Europa). ESRO (European Space Research Organization) était un programme scientifique.
En 1975 a été créée l'ESA, ce qui a permis à la Belgique d'avoir véritablement accès à l'espace.
Un accord intergouvernemental a été conclu en 1979 entre la France et la Belgique; il concernait le système d'observation de la Terre SPOT.
Concrètement, de 1975 à 2004, la Belgique a soutenu les programmes spatiaux de l'ESA, les décisions étant prises lors des différents conseils de l'ESA au niveau ministériel. La Belgique a en outre renforcé la coopération bilatérale avec la France, notamment en participant à SPOT 5, au développement de l'instrument VEGETATION, à la plate-forme Proteus ...
Par ailleurs, la coopération bilatérale a été élargie à d'autres pays tels que l'Argentine et la Russie. Enfin, un programme de télédétection satellitaire TELSAT (1985-2000) a été mis en oeuvre parallèlement à l'engagement SPOT. Ces activités se poursuivent actuellement avec le programme STEREO (depuis 2001).
c. Pourquoi l'Europe ?
La Belgique a choisi dès le début l'Europe comme cadre de sa politique spatiale dans le souci de rentabiliser au mieux les investissements à consentir dans ce secteur d'avenir. Notre pays a décidé de ne pas mettre sur pied une agence spatiale nationale mais de considérer l'ESA comme son agence spatiale et d'avoir ainsi accès aux connaissances techniques dans tous les domaines où il veut jouer un rôle : lanceurs, télécommunications, observation de la Terre, microgravité, technologies de pointe, etc.
Le grand avantage de pareil système est qu'il donne directement accès aux divers programmes. Il permet également d'éviter d'exposer des frais supplémentaires, puisqu'il n'est pas nécessaire de créer une structure administrative propre. Toutefois, l'inconvénient est évidemment que la stratégie nationale doit cadrer avec la stratégie européenne. En outre, il faut travailler dans un cadre intergouvernemental, ce qui prend parfois du temps.
d. La participation belge aux programmes spatiaux dans le cadre de l'ESA
La Belgique consacre plus de 90 % de son budget spatial aux programmes de l'ESA. Les conseils ESA au niveau ministériel se réunissent environ tous les 3 ans et prennent les décisions politiques importantes. Les principaux conseils sont :
Bruxelles 1973 : création de l'ESA (effective en 1975) et adoption d'une série de programmes scientifiques en matière de télécommunications (Marecs), modules spatiaux (Spacelab) et lanceurs (Ariane), outre des programmes purement scientifiques;
Edimbourg 2001 : décisions sur un grand nombre de programmes concernant l'observation de la Terre, les lanceurs, Galileo, les télécommunications, la technologie et la science;
Paris 2003 : décision sur les programmes de lanceurs.
En 2003, la Belgique a octroyé 160 millions d'euros à l'ESA pour couvrir la participation aux programmes obligatoires et aux programmes optionnels auxquels elle a souscrit.
La Belgique participe aux programmes obligatoires de l'ESA à proportion de son PNB, soit 3,33 % en l'an 2000 et 2,97 % à partir de 2003. Ce niveau de participation place la Belgique au huitième rang des contributeurs à l'ESA.
Ces programmes couvrent le programme scientifique, le programme de technologie de base, les études générales et le budget général de l'ESA.
La Belgique participe en moyenne à concurrence de 7,7 % aux programmes optionnels de l'ESA. Ce niveau de participation place la Belgique au quatrième rang des contributeurs aux programmes optionnels de l'ESA.
Ces programmes couvrent les domaines des lanceurs, de l'observation de la Terre, de l'homme dans l'espace et de la microgravité, des télécommunications et navigation (Galileo), des technologies et du soutien aux scientifiques.
La position de la Belgique par rapport aux autres États membres de l'ESA est remarquable. La contribution de la Belgique est par exemple relativement plus importante que celle d'une série de pays ayant une assise économique supérieure, tels que le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou les pays scandinaves.
e. Participation belge à des programmes spatiaux bilatéraux
La Belgique consacre quelque 6 % de son budget spatial à des coopérations bilatérales.
La coopération bilatérale entre la France et la Belgique porte sur le programme d'observation de la Terre SPOT, financé par la France, la Suède et la Belgique et géré par le CNES. Un accord intergouvernemental a été signé en 1979 et les satellites SPOT 1 à 5 ont été lancés entre 1986 et 2002.
Cette coopération, élargie à la Commission européenne et à l'Italie, a aussi permis de développer les instruments VEGETATION et les satellites SPOT 4 et 5 et d'installer un centre de traitement des images VEGETATION en Belgique (VITO à Mol).
La participation de la Belgique au programme PLEIADES est en préparation. Ce système prendra le relai des satellites SPOT.
La coopération bilatérale Russie-Belgique visait le développement des instruments MIRAS à installer sur MIR en 1995 et de l'instrument SPICAM pour une mission vers Mars en 1996. Ces deux instruments ont été des échecs, le premier a subi une avarie en orbite; quant au second, il a été victime de l'échec du lanceur.
La signature d'un accord entre la Russie et la Belgique en décembre 2000 permet de mettre en place une nouvelle coopération.
La coopération bilatérale entre l'Argentine et la Belgique concerne la participation belge au programme argentin d'observation de la Terre, SAOCOM. La convention a été signée en octobre 2000.
f. Soutien aux scientifiques
Le soutien à la recherche scientifique dans le domaine spatial passe par plusieurs programmes.
Pour ce qui est des missions de l'ESA, le programme PRODEX permet aux scientifiques belges de préparer les expériences spatiales, de développer les instruments nécessaires, de réaliser les expériences et d'analyser les données de ces expériences.
Lors de la mission ODISSEA, Frank De Winne a mené différentes expériences qui avaient vu le jour grâce à ce programme.
Dans le domaine de l'observation de la Terre, un programme de télédétection satellitaire (TELSAT pour la période 1985-2000 et STEREO depuis 2001) a été mis en oeuvre parallèlement à l'engagement belge dans le programme SPOT et des actions complémentaires ont été entreprises dans le cadre du programme VEGETATION lorsque la Belgique s'est engagée à développer cet instrument.
Ces programmes ont comme objectif de développer une expertise scientifique et technique en télédétection pour la recherche fondamentale et appliquée, de développer un marché pour ces techniques, de mettre en place un service de soutien aux utilisateurs (EODESK) et d'assurer la promotion de cette technique et la valorisation des résultats de recherche.
Le B-USOC (Belgian User Support and Operation Centre) a été créé pour aider les scientifiques belges. Ce centre fournit un support au niveau de l'information, un support technique lors de la préparation des expériences et un support opérationnel lors du déroulement des expériences dans l'espace.
L'évolution du budget annuel consacré aux activités spatiales illustre clairement les efforts constants de la Belgique dans le domaine spatial. Entre 1987 et 1993, les fonds consacrés à l'espace sont passés de 50 à 140 millions d'euros, et entre 1993 et 2003, de 140 à 169 millions d'euros.
La répartition de l'engagement belge par domaine, pour la période 2000-2002, est la suivante :
30% : programmes à caractère scientifique (programme scientifique, observation de la Terre, microgravité et Prodex);
22 % : programme technologique en télécommunications;
17 % : programme technologique générique (notamment Proba);
13 % : lanceurs;
11 % : SSI Station spatiale internationale;
6 % : budget général;
1 % : navigation (Galileo).
En ce qui concerne Galileo, il faut souligner que l'on entend augmenter substantiellement ce pourcentage, vu les intérêts industriels et scientifiques considérables en la matière.
4. La politique industrielle belge
La règle du « juste retour » est applicable dans le cadre de l'ESA. La contribution belge aux différents programmes de l'ESA, à l'exception des frais généraux, se traduit en retour pour la Belgique par la conclusion de contrats avec l'industrie et avec les centres de recherche.
Fin 1999, le return belge était de 1,00. Actuellement, il s'élève à 0,96. Il faut viser une augmentation de ce return pour qu'il soit supérieur à 1,00.
Dans le cadre de la coopération bilatérale, la contribution belge couvre les contrats placés en Belgique.
a. Sur le plan scientifique
Au niveau scientifique, environ 70 équipes de recherche, réparties dans les universités, les établissements scientifiques fédéraux et les centres de recherche, participent régulièrement à des projets spatiaux et ce, principalement par le biais du programme PRODEX et du programme de télédétection TELSAT et STEREO.
Plusieurs centres belges exercent également de manière permanente des activités de développement, de test, de calibration, de contrôle et de traitement de l'information.
b. Sur le plan industriel
Au niveau industriel, une quarantaine d'entreprises belges développent à des degrés divers des activités qui, pour certaines, représentent une part importante de leur chiffre d'affaires, et, pour d'autres, constituent une occasion de se familiariser avec des technologies avancées pour lesquelles des débouchés ont d'ailleurs été trouvés en dehors du secteur spatial.
Les activités spatiales emploient 1 300 personnes, pour un chiffre d'affaires de 240 millions d'euros par an. Dix entreprises belges représentent trois quarts des contrats belges, à savoir :
Newtec : segment sol télécoms;
Alcatel Etca : distribution d'énergie;
Verhaert D&D : instruments en microgravité et petits satellites;
Techspace Aero : vannes;
Sabca : structure;
Alcatel Bell Space : segment sol en télécommunications;
CSL : tests et instruments;
RHEA : segment sol opérations;
Spacebel : logiciel
Imec : microélectronique.
À côté de ces acteurs principaux, il faut mentionner les spin-offs tels que Agilent, Septentrio, Spacechecker, Samtech, Micromega, EHP, EPAS, FillFactory, LamdaX, etc.
Dans le contexte européen de restructuration industrielle, l'industrie belge, représentée au sein d'organisations telles que Belgospace, Vlaamse Ruimtevaart Industriële (VRI) et Wallonie Espace, doit, pour survivre à long terme, s'orienter et se spécialiser de plus en plus dans les domaines de la haute technologie.
c. En termes de marché
Le domaine des télécommunications utilise largement la composante spatiale et constitue un marché important pour l'Europe. Les firmes belges liées au groupe Alcatel (ETCA et Alcatel Bell Space) et les firmes hautement spécialisées, comme Newtec, Agilent et Spacechecker, sont présentes sur ce marché.
La firme Arianespace occupe une place importante dans le domaine des lanceurs (la moitié des lancements commerciaux de satellites en orbite géostationnaire). Les investissements belges dans les programmes Ariane portent leurs fruits car les firmes belges Alcatel Etca, Techspace Aero, Sabca et Trasys sont associées à chaque lancement.
De futurs marchés vont bientôt s'ouvrir dans le domaine de la navigation à la suite de la décision de l'Union européenne de développer un système européen de navigation par satellite (GALILEO). Les acteurs belges qui entrent déjà en ligne de compte sont entre autres : Aethis, Alcatel Bell Space, ETCA, Rhea, Vitrociset, Septentrio et Orban Microwave products.
Enfin, il y a l'observation de la Terre et l'intérêt croissant pour le système GMES (Global Monitoring for Environment and Security). Les acteurs belges qui ont pris en considération sont entre autres : VITO, Spacebel, KMS-ERM, Keyobs, GIM, MUMM, BIRA-IASB, KMI-IRM, Eurosense et AVIA-GIS.
Il convient de se préparer et de se positionner pour ces nouveaux marchés afin de pouvoir jouer un rôle important dans le développement de ces systèmes ainsi que dans le domaine des services que ces systèmes pourront offrir.
6. Un nouveau cadre européen : l'Europe spatiale en pleine restructuration
a. Au niveau des grands acteurs
La Russie a développé des compétences dans tous les domaines spatiaux. La situation politique actuelle, par manque de fonds destinés au spatial, privilégie la coopération : abandon de la station Mir en février 2001 au profit d'une coopération sur la station spatiale internationale (ISS), participation dans une société mixte pour les lanceurs commerciaux (Starsem), demande de coopération avec l'ESA, demande de coopération individuelle avec des États européens (la Belgique en particulier), etc.
Les États-Unis ont lancé récemment un programme ambitieux d'exploration du système solaire, prévoyant un retour de l'homme sur la Lune vers 2015-2020 en vue d'y travailler et d'y faire de la recherche et la préparation de nouveaux véhicules de transport pour des missions vers Mars et au-delà.
Il va de soi que l'Europe doit tenir compte de cette situation dans l'élaboration de la stratégie spatiale européenne.
b. Au niveau des institutions
Les différents acteurs dans le domaine spatial, à savoir l'ESA, les agences spatiales nationales et l'Union européenne, ne peuvent plus agir seuls. Il faut définir le rôle de chacun et mettre en place une coordination si on veut construire une Europe spatiale forte.
Une première étape vient d'être franchie par la définition et l'acceptation au niveau ministériel d'une stratégie spatiale européenne comme UE-ESA.
L'UE van jouer un rôle de plus en plus important d'initiateur de grands projets comme le projet de navigation GALILEO et le projet GMES.
c. Au niveau de l'industrie
L'industrie européenne est en pleine restructuration. Si hier on comptait plus de 7 maîtres d'oeuvre, aujourd'hui ce nombre est réduit à 3 (Alcatel, Astrium, Alenia) et le sera probablement à 2 dans un futur proche.
Grâce à une intégration verticale poussée, ces grands groupes auront la capacité de tout faire, et ce au détriment des équipementiers, belges en particulier. Face à cette situation, l'industrie belge doit se spécialiser dans des créneaux de technologie avancée.
d. Au niveau scientifique
La politique européenne de recherche vise la création de « centres d'excellence » et de réseaux de recherche. La Belgique a déjà entamé une démarche dans ce sens (PAI Pôles d'attraction interuniversitaires et les PAT Pôles d'attraction technologiques).
Dans le domaine spatial, une démarche similaire est entreprise dans le but de développer des pôles stables composés d'experts dans lesquels les capacités de recherche seront intégrées de manière optimale afin de pouvoir jouer un rôle actif dans la sphère scientifique internationale.
Face aux défis importants auxquels est confrontée l'Europe spatiale notamment pour tenir compte des contextes de concurrence et de restructuration dans lesquels ses industries doivent se développer la Belgique se concentre sur les axes stratégiques suivants :
l'insertion continue et croissante de notre potentiel scientifique dans les domaines touchant l'environnement, la microgravité, l'astrophysique, les sciences de la vie, les sciences des fluides, etc.;
le renforcement des capacités traditionnelles de l'industrie belge en ce qui concerne, entre autres, l'accès à l'espace;
la participation de notre pays au développement de systèmes européens indépendants supportés par l'Union européenne : la navigation par satellite GALILEO et le GMES;
le développement d'une industrie innovante belge axée sur des technologies de pointe entre autres en matière de télécommunications, d'informatique et de multimédias.
Dans ce cadre, la Belgique doit continuer à mener une politique de soutien active et cohérente qui vise, d'une part, la création et la stimulation de pôles d'excellence dans des créneaux porteurs et, d'autre part, la continuité dans des domaines pour lesquels l'expertise des scientifiques et industriels belges est reconnue.
À côté de la communication technique axée sur les acteurs scientifiques et industriels belges, le SPP « Politique scientifique » entreprend diverses actions de communication avec la jeunesse, qui se concentrent sur quatre activités :
a. Événements
Mission Odissea (Frank De Winne) : pour les jeunes et le grand public : retransmission en direct du lancement, du docking et du retour;
Vols paraboliques organisés pour des étudiants leur permettant de réaliser des expériences en microgravité;
Space for You : exposition et conférences.
b. Infrastructures
l'Euro Space Center de Redu : circuit et stages pour des écoles;
le Planetarium : expositions et événements.
c. Publications
Space Connection;
Posters sur l'observation de la Terre;
CD-ROM.
d. Sites Web de l'EO-DESK
http ://telsat.belspo.be
Chacun est convaincu que la Belgique ne peut pas être absente de l'aventure spatiale dont les pages les plus remarquables doivent encore être écrites.
Il faut donc que le Parlement reste vigilant à cet égard et veille au maintien de l'effort constant de notre pays dans l'exploration et l'utilisation de l'espace.
Un de nos grands rois, Léopold II, disait : « un pays qui touche à la mer ne sera jamais un petit pays ». Aujourd'hui, on pourrait dire qu'un pays qui a accès à l'espace a un avenir prometteur.
Mme Simonne Creyf, députée, demande des explications au sujet de la concentration croissante de l'industrie spatiale européenne, dont les grands acteurs sont passés de 7 à 3 et ne seront bientôt plus que 2.
M. Hugo Vandenberghe, sénateur, souligne dans ce contexte que la concurrence au niveau européen doit être maintenue. Le rôle et l'importance de l'industrie belge en cette matière doivent être consolidés.
Le ministre répond que la tendance actuelle au niveau européen et qui conduit à une intégration verticale de plus en plus poussée peut avoir pour conséquence que ces grands groupes n'aient plus à faire appel à des entreprises extérieures pour le savoir-faire dans la mesure où ils peuvent tout développer eux-mêmes en leur sein.
Il est dès lors essentiel que l'on s'attache en Belgique à réorienter les entreprises belges et à renforcer leur spécialisation, de sorte qu'elles puissent être intégrées en tant qu'acteurs de créneaux spécialisés dans ce pays industriel redessiné. D'autre part, le fait est qu'une concurrence au niveau européen est une bonne garantie de progrès dans ce secteur.
M. Hugo Vandenberghe, sénateur, déclare qu'il n'est pas pertinent de parler en l'occurrence de l'utilité de la recherche scientifique. Celle-ci est, en effet, aléatoire dans la mesure où le progrès relève souvent du hasard. La recherche scientifique n'est pas seulement vitale, elle apporte aussi une plus value à l'économie. Un exemple comme celui de la Bavière montre clairement que ce succès est garanti lorsque la recherche fondamentale et l'économie vont de pair.
Le ministre partage cet avis, mais souligne malgré tout que, de nos jours, la recherche est plus que jamais orientée. Le hasard est encore présent mais il n'est plus aussi déterminant. L'importance des moyens et de l'infrastructure disponibles est bien plus grande. C'est donc là ce que les pouvoirs publics doivent continuer à garantir. Ainsi, les scientifiques bénéficieront d'une marge de manoeuvre suffisante pour se consacrer exclusivement à la recherche.
M. Luc Willems, sénateur, estime que la recherche spatiale est un levier idéal pour exploiter l'une des seules matières premières que compte la Belgique, à savoir ses connaissances et ses cerveaux. La question est toutefois de savoir si le climat économique est là pour garantir qu'il en sera encore ainsi à l'avenir. Si on veut que les entreprises belges continuent à jouer un rôle dans ce secteur, il faut prendre les mesures nécessaires, notamment, pour que le capital à risque disponible soit utilisé de manière optimale.
Le ministre partage ce point de vue, tout en soulignant que les entreprises belges jouent toujours un rôle de premier plan dans le domaine de la recherche spatiale. Elles réalisent une recherche fondamentale de haut niveau et le capital à risque nécessaire est présent.
Mais il faut étudier pourquoi ces entreprises restent en Belgique. L'expérience montre qu'il n'y a à cela aucune explication universelle. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Pour les unes, la proximité d'un centre de recherche fondamentale est un facteur important. D'autres regardent le coût salarial des scientifiques, etc. Le gouvernement belge a d'ailleurs décidé à cet égard de stimuler la recherche fondamentale au sein de l'entreprise, notamment, en révisant le précompte professionnel sur le salaire des chercheurs en question.
Ce qui est préoccupant, par contre, c'est la baisse de disponibilité du capital à risque en Belgique et en Europe. De plus, la majeure partie de ces fonds va à des « managements buy-outs », qui aboutiraient plus rapidement à des résultats. Voilà pourquoi la Belgique a déjà pris des mesures pour faciliter l'accès au capital de départ. Mais il faudra encore davantage de mesures surtout fiscales pour optimaliser le climat de la recherche en Belgique.
M. Luc Willems, sénateur, renvoie à la Scandinavie qui, en dépit de sa situation géographique en bordure de l'Europe, parvient malgré tout à retenir les industries et le secteur de la recherche dans ses frontières et à rester dans le peloton de tête en matière de développement des technologies de pointe. Voici semble-t-il de bons exemples d'industries qui peuvent continuer à se développer sans qu'il y ait de return direct.
Le ministre fait remarquer qu'il y a une différence essentielle, dans la mesure où il s'agit surtout en l'espèce d'une technologie utilisable directement. Le return est donc assez rapide. En outre, ces industries ont connu de sérieux problèmes dans un passé récent.
Il ne faut toutefois pas être trop pessimiste. L'industrie spatiale belge se porte bien à l'heure actuelle. Mais il faut rester vigilant et continuer par exemple à stimuler l'enseignement, qui est d'un très haut niveau en Belgique de manière qu'il puisse servir de pôle d'attraction pour le développement ultérieur de la recherche scientifique et de l'industrie.
Enfin, les investissements belges du secteur spatial sont judicieux puisque réalisés selon le principe du « juste retour » au sein de l'ESA. Mais il faut se garder de relâcher son attention afin de continuer à garantir et même à accroître ce return.
M. Théo Pirard, de Wallonie Espace, s'informe du rôle des régions dans la politique spatiale belge. La Commission européenne a déclaré récemment qu'il fallait promouvoir la coopération entre les régions européennes en matière de recherche.
Le ministre répond que les régions jouissent de la plénitude de compétences, mais que la recherche spatiale est restée une matière explicitement fédérale. Il va toutefois de soi qu'une coopération entre tous les niveaux politiques belges ne présente que des avantages.
Un premier pas a d'ailleurs été fait il y a trois mois quand les ministres compétents ont tenu une réunion informelle avec le commissaire Busquin. L'objectif était de voir comment on pouvait organiser un début de coopération et d'échange d'informations. On a décidé de constituer, sous la présidence du professeur Luc Soette (université de Maastricht), un groupe d'experts de haut niveau chargé de donner les avis nécessaires.
Cette coopération est d'ailleurs aussi importante pour atteindre la norme des 3 % de Lisbonne. La recherche spatiale joue un rôle important dans la réalisation de cet objectif. La Belgique se situe aujourd'hui à 2,1 %. Une collaboration entre les régions permettrait d'augmenter sensiblement ce pourcentage.
Le professeur Roland Gueubel s'enquiert de la position de la Belgique en ce qui concerne l'organisation européenne autonome de vols spatiaux habités. Dans un contexte caractérisé par une aspiration croissante à l'autonomie internationale de l'Europe et la réticence des États-Unis par rapport à leur programme de navette spatiale, une telle politique européenne semble capitale pour le développement économique et l'indépendance stratégique de l'Europe.
Le ministre fait remarquer que des réserves ont été émises dans un passé récent quant à l'utilité d'organiser des vols spatiaux européens avec équipage, surtout à la lumière de la situation économique actuelle. La Belgique a cependant toujours été favorable au développement d'une telle politique dans un cadre européen.
Mme Simonne Creyf, députée, se demande quelle est la plus-value concrète des vols habités par rapport aux vols non habités.
Le ministre répond que cette plus-value réside notamment dans le fait que les vols habités permettent de faire des expériences de recherche médicale humaine dans l'espace, ce qu'un robot ne permet pas de faire. De plus, l'exploration est un trait de caractère propre à l'être humain. C'est là une caractéristique à ne pas négliger.
M. Frank De Winne, astronaute de l'ESA, affirme que les deux sont complémentaires. Certaines missions ne peuvent être bien accomplies que par des êtres humains, d'autres peuvent l'être par des machines. De plus, les vols non habités ont souvent une grande importance dans la préparation d'une mission habitée. Il suffit de penser aux missions actuelles vers Mars.
La discussion sur les vols spatiaux habités doit d'ailleurs être envisagée dans un cadre social plus large. Il y a des avantages émotionnels incontestables, tels que la soif d'exploration de l'humanité, l'intégration européenne dans de nombreux domaines, y compris donc celui de la navigation spatiale, le sentiment de cohésion et d'appartenance nationale d'une région ou d'un pays, etc.
De plus, les vols spatiaux habités sont le meilleur moyen pour sensibiliser les jeunes à la science et aux techniques et leur donner l'envie de s'engager dans des études scientifiques. Enfin, il y a la recherche sur l'homme qui ne peut être réalisée que par des hommes et des femmes.
L'évaluation des vols spatiaux habités et inhabités doit donc se faire sur la base de critères plus que simplement objectifs. Les critères subjectifs sont nombreux et au moins aussi importants.
| Le président-rapporteur, François ROELANTS du VIVIER. |