Questions et Réponses

Sénat de Belgique


Bulletin 3-8

SESSION DE 2003-2004

Questions posées par les Sénateurs et réponses données par les Ministres

(Fr.): Question posée en français - (N.): Question posée en néerlandais


Ministre de la Coopération au développement

Question nº 3-438 de M. Van Overmeire du 21 novembre 2003 (N.) :
Projets de développement en Afrique. ­ Importance des femmes.

Dans la société africaine, la femme joue un rôle souvent moins visible, mais crucial. Investir dans les femmes est utile, car celles-ci gèrent mieux l'argent gagné et ont moins tendance à le dépenser dans des projets de prestige. Par ailleurs, nous constatons que dans quasiment tous les États africains, les filles reçoivent moins d'instruction que les garçons.

De quelle manière l'aide fédérale à la coopération intervient-elle dans la situation spécifique de la femme en Afrique ?

Réponse : En réponse à sa question, je puis communiquer ce qui suit à l'honorable membre.

Les objectifs de développement du Millénaire (ODM) reflètent les multiples dimensions de la pauvreté. En fixant ces objectifs, la communauté internationale a reconnu le lien entre la pauvreté et la situation des femmes; elle a fait de la promotion de l'égalité entre hommes et femmes et de l'émancipation (« empowerment ») des femmes un des objectifs principaux. Quatre indicateurs ­ relatifs à l'éducation, l'alphabétisation, l'emploi salarié et la représentation politique ­ sont utilisés pour suivre les progrès dans ce domaine. Il est cependant reconnu que tous les autres objectifs du Millénaire sont également affectés par le rôle économique, social et environnemental des femmes, ainsi que par les relations existantes entre les hommes et les femmes.

Alors que la proportion de femmes pauvres par rapport aux hommes varie d'une région à l'autre, en Afrique sub-saharienne le nombre des femmes pauvres s'est accru de façon disproportionnée en comparaison à celui des hommes.

Victimes d'un large éventail d'inégalités sociologiques ­ opportunités différentes en termes d'éducation, d'emploi et de propriété ­, les femmes africaines disposent globalement de perspectives moindres que les hommes. Dans les ménages pauvres, les femmes et les filles obtiennent moins que leur part de la consommation privée et des services publics. Pour elles, le risque est plus grand d'être illettrées et politiquement ou socialement exclues de la communauté. La pauvreté est ainsi profondément enracinée dans le déséquilibre flagrant entre ce que les femmes font et ce qu'elles ont ­ en termes de ressources et de droits.

Lorsque l'adversité frappe (conflits armés, catastrophes naturelles, pandémie du VIH/SIDA), ce sont généralement les femmes qui sont les plus affectées. Ainsi, par exemple, la crise du VIH/SIDA, qui renverse déjà les gains économiques obtenus dans certains pays d'Afrique sub-saharienne, touche les femmes de façon disproportionnée, à la fois comme individus mais aussi en relation avec leurs rôles de mère et de dispensatrice de soins aux malades. Dans certains pays d'Afrique centrale, les viols et la propagation intentionelle du sida sont utilisés comme tactiques de guerre.

L'instruction féminine est certainement un moteur puissant de développement car elle renforce l'aptitude des femmes à participer activement à la vie sociale et leur permet d'améliorer leur situation, celle de leurs enfants et de leur communauté. Il est estimé que chaque année supplémentaire de scolarisation féminine a pour effet de réduire de 5 à 10 % à la fois leur taux de fécondité et le taux de mortalité infantile. L'éducation des femmes a également pour effet d'accroître leur productivité et d'augmenter leurs revenus.

La loi du 25 mai 1999 sur la coopération internationale stipule que la coopération internationale belge a pour objectif prioritaire le développement humain durable à réaliser par le biais de la lutte contre la pauvreté, sur la base du concept de partenariat et dans le respect des critères de pertinence pour le développement. Dans ce cadre, elle place le rééquilibrage des droits et de chances des hommes et des femmes au rang des thèmes transsectoriels dont la coopération belge doit tenir compte de façon permanente.

Conformément à la loi de 1999, une note stratégique « égalité des droits et des chances entre les femmes et les hommes » a été disposée au Parlement au début de 2003. L'objectif de la stratégie est de soutenir les efforts déployés en la matière par les pays partenaires (gouvernement, organisations de la société civile et leurs réseaux) à travers tous les canaux de la coopération belge.

À titre d'exemple, dans le domaine de l'éducation, conformément aux objectifs du Millénaire, mais également à la déclaration de Dakar (2000) sur l'éducation pour tous, et à la plate-forme d'action de Beijing (1995), une attention particulière est portée à l'éducation des filles et des femmes (y compris l'éducation non formelle et l'alphabétisation (fonctionnelle) pour éliminer les disparités entre hommes et femmes; ceci principalement en Afrique sub-saharienne où cet écart est particulièrement important et où est concentrée notre aide.

La coopération belge, en partenariat avec d'autres bailleurs, évolue d'un soutien à des projets (niveau micro) à un soutien à des programmes (niveau macro) en appui aux stratégies propres de ses pays partenaires en matière de lutte contre la pauvreté et d'égalité entre les hommes et les femmes. Parmi les nombreuses initiatives dans ce domaine, je peux citer, à titre d'exemple, des contributions financières à des programmes de développement de l'éducation (PRODEC) au Mali, ainsi qu'au « multi-donor basket fund » pour le programme de développement de l'éducation primaire en Tanzanie. L'objectif de ces programmes est d'améliorer l'accès des garçons et filles à l'éducation avec une attention particulière à l'accès égal des filles et à la qualité de l'enseignement. Au Niger, il est prévu une contribution à la Fast-track Initiative de la Banque mondiale pour un appui à l'enseignement de base : ce programme vise à porter le taux de scolarisation des filles de 29,6 % en 2001 à 81 % en 2012 et à améliorer la qualité de l'enseignement de base.