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De voorzitter. - De heer André Flahaut, minister van Landsverdediging, antwoordt namens de heer Louis Michel, vice-eerste minister en minister van Buitenlandse Zaken.
M. Josy Dubié (ECOLO). - Lors de l'une de ses premières prises de position publique, après sa prise de fonction, le nouveau président des États-Unis, M. Georges Bush a réaffirmé que le déploiement d'un bouclier antimissile, dit NMD, restait l'une de ses priorités en matière de défense.
Cette éventualité relancerait incontestablement la course aux armements car elle est en totale contradiction avec le traité ABM conclu avec les Russes en 1972, puis en 1974, et qui limite les défenses antimissiles. Ce projet, extrêmement coûteux, ruinerait tous les dividendes nés de la fin de la guerre froide en matière de diminution des dépenses militaires. De plus, en rompant « l'équilibre de la terreur » en faveur des États-Unis, il ferait de ce pays une superpuissance n'ayant plus de compte à rendre à personne, en particulier à ses alliés de l'OTAN, dont nous sommes.
Cette perspective a été condamnée avec plus ou moins de force par toute une série de pays, en premier lieu la Russie, mais aussi la Chine, le Canada, la France, l'Allemagne, etc.
Le ministre peut-il nous dire quelle est la position de la Belgique concernant cette problématique et les mesures qu'elle compte prendre, éventuellement en concertation avec nos partenaires européens ? Plus particulièrement, la Belgique prenant bientôt la tête de l'Union européenne, le ministre compte-t-il mettre cette problématique à l'ordre du jour des préoccupations prioritaires de l'Europe en matière de politique étrangère ?
M. André Flahaut, ministre de la Défense. - Il ressort des premières déclarations de certains membres de la nouvelle administration américaine que les intentions d'installer un système national de défense antimissile occuperont une place importante dans les délibérations. Vous vous rappellerez que, l'été dernier, le président Clinton avait décidé de reporter la décision concernant le déploiement de ce système.
En septembre de l'année dernière déjà, dans une lettre au président Clinton, le premier ministre avait fait part de ses préoccupations quant à une décision unilatérale, en matière de défense antimissile, qui pourrait avoir des conséquences sur nos efforts de désarmement.
J'ai exprimé le même souci devant l'assemblée générale des Nations Unies. Nous redoutons en effet l'impact que pourrait avoir une telle décision sur l'important régime de missiles antibalistiques, signé en 1972, mais aussi sur l'ensemble de nos relations avec la Russie et sur la stabilité stratégique dans le monde.
La Belgique n'est pas fermée par principe à la notion de défense antimissile. Elle constate simplement que les perceptions politiques, les analyses de la menace et les moyens d'y faire face varient beaucoup selon les régions. Il n'existe pas de réponse universelle à la menace. Un système antimissile, quel qu'il soit, doit contribuer à la stabilité générale et à la confiance mutuelle. Les décisions qui seront prises devront l'être non seulement sur la base d'une analyse purement stratégique mais aussi sur une base consensuelle garantissant le maintien des grands équilibres politiques.
Le 17 janvier, le nouveau secrétaire d'État Powell s'est engagé devant la commission des Relations internationales du Sénat américain à poursuivre les consultations avec les pays alliés et à informer d'autres pays comme la Russie et la Chine de leurs intentions. Je m'en réjouis. Je m'attends à ce que le nouveau gouvernement américain nous fasse des propositions concrètes de concertation. Je m'attends aussi à ce qu'il initie des pourparlers avec la Russie sur l'ensemble de la défense stratégique.
Pour compléter la réponse, j'ajouterai, en tant que ministre de la défense, que ce point est également abordé tant dans les réunions européennes que dans celles de l'OTAN. J'avais moi-même sensibilisé le secrétaire d'État, M. Cohen à l'époque, à ce sujet. Lorsque je rencontrerai mon nouvel homologue américain, mon message sera le même que celui du ministre des Affaires étrangères.
M. Josy Dubié (ECOLO). - Une partie de ma question portait sur le fait de savoir si, lorsque la Belgique assurera la présidence européenne, le ministre des Affaires étrangères considérera ce point comme prioritaire en matière de politique étrangère belge et européenne.
M. André Flahaut, ministre de la Défense. - C'est le ministre des Affaires étrangères qui devrait répondre à cette question.
M. Josy Dubié (ECOLO). - Je voudrais quand même souligner une chose : d'après les informations parues dans la presse, le coût de cette première initiative - il y en aura d'autres si celle-ci devait aboutir - est de 60 milliards de dollars. Or, si l'on veut éviter les conflits, il conviendrait plutôt de s'attaquer à leurs causes. Ces 60 milliards de dollars seraient beaucoup plus utiles s'ils étaient consacrés à la lutte contre les causes des conflits - je pense avant tout à l'aggravation de la fracture sociale entre les pays riches et les pays pauvres - qu'au développement d'un bouclier qui sera malgré tout inutile. L'histoire nous montre en effet qu'une telle protection n'a jamais pu empêcher une épée de la traverser.
M. André Flahaut, ministre de la Défense. - Vous prêchez un convaincu.
M. le président. - Monsieur Dubié, dans ce dossier, les 60 milliards de dollars ont déjà été dépensés par les États-Unis. C'est donc indépendant des budgets futurs.
M. Josy Dubié (ECOLO). - C'est encore plus grave !
M. le président. - Je suis personnellement persuadé que les États-Unis développeront ce système. Dès lors, je propose que le Sénat organise prochainement un débat approfondi sur la question, ce qui permettra de nous préparer aux discussions qui auront lieu dans le cadre de nos relations avec les États-Unis et avec la Russie et qui dureront probablement des années.
M. Josy Dubié (ECOLO). - C'est également mon souhait.
Mme Anne-Marie Lizin (PS). - Mon groupe avait déjà discuté de l'intérêt d'organiser un tel débat. A cet égard, il conviendrait de faire distribuer le texte de la conférence qui a été donnée, avant-hier, à l'Institut supérieur de défense par M. George Mitchell de l'université de Pittsburgh. Cette vision américaine est extrêmement critique sur le NMD. Il serait très intéressant de prendre connaissance du débat approfondi qui a lieu aux États-Unis sur les changements d'alliance que tout ceci pourrait entraîner.
A mes yeux, il ne faut pas se contenter d'entendre une seule position américaine mais nous devons au contraire écouter les deux thèses.