SÉNAT DE BELGIQUE
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Session 2019-2020
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22 novembre 2019
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SÉNAT Question écrite n° 7-149

de Guy D'haeseleer (Vlaams Belang)

à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, et de l'Asile et la Migration
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Obésité - Chirurgie bariatrique - Conséquences médicales - Chiffres de mortalité
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maladie de la nutrition
chirurgie esthétique
statistique officielle
mortalité
chirurgie
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22/11/2019 Envoi question
14/4/2020 Réponse
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SÉNAT Question écrite n° 7-149 du 22 novembre 2019 : (Question posée en néerlandais)

Le bien-être, la santé publique et la famille sont des compétences communautaires flamandes ; la lutte contre l'obésité en fait partie. Cette question concerne dès lors une compétence transversale.

Les personnes ayant subi une opération bariatrique se plaignent fréquemment de complications. Certains patients perdent même la vie à la suite d'une telle intervention. Selon différentes études, les conséquences des opérations bariatriques sont souvent largement sous-estimées.

1) Votre administration dispose-t-elle de statistiques relatives à ce problème en Belgique ?

2) a) Au cours des cinq dernières années, et pour chaque technique utilisée, combien de personnes sont-elles décédées à la suite d'une opération bariatrique ?

b) Combien de personnes sont-elles décédées durant l'opération ou peu de temps après ?

c) Combien de personnes sont-elles décédées après un certain temps ?

3) a) Les taux de mortalité diffèrent-ils de ceux d'autres opérations ?

b) Note-t-on des différences significatives à cet égard ?

4) a) Connaît-on les problèmes médicaux liés à ces techniques à moyen et à long terme ?

b) Quels sont les principaux problèmes médicaux ?

5) A-t-on déjà calculé le coût de ces opérations en prenant en considération les problèmes médicaux qu'elles entraînent ?

Réponse reçue le 14 avril 2020 :

1) Diverses données ainsi que les derniers chiffres disponibles sur la chirurgie de l'obésité peuvent être consultés dans le rapport détaillé du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) 316 et le rapport d'audit «Chirurgie bariatrique».

En 2016, une procédure bariatrique (Sleeve gastrectomie (gastrectomie longitudinale), Gastric Banding (anneau gastrique), Gastric Bypass (dérivation gastrique de Roux-en-Y)) a été pratiquée sur 13 382 personnes en Belgique.

2) a) b) c) Actuellement, il n'y a pas de chiffres de mortalité disponibles pour les cinq dernières années. Les plus récents chiffres disponibles sur la mortalité, après une chirurgie bariatrique, figurent dans le tableau ci-dessous [1]. Il est important de noter qu'après deux et cinq ans [2], les taux de mortalité sont légèrement plus élevés que dans la population générale. Cependant, il est difficile de déterminer si la mortalité est due à l'obésité ou à la chirurgie bariatrique.

En ce qui concerne la mortalité périopératoire (dans les trente jours), il convient de noter que la chirurgie bariatrique est généralement pratiquée par laparoscopie, ce qui permet de limiter le risque de complications pendant ou après l'opération à un faible niveau.

Tableau de mortalité pour 1 000 interventions


Sleeve gastrectomie (gastrectomie longitudinale)

Gastric Banding (anneau gastrique)

Gastric Bypass (dérivation gastrique de Roux-en-Y)

Mortalité dans 30 jours

2009-2011

1

1

1

2012-2014

1

1

1

Mortalité après 1 an

2009-2011

3

2

3

2012-2014

3

3

3

Mortalité après 2 ans

2009-2011

9

5

10

2012-2014

10

9

10

Mortalité après 5 ans

2009-2011

12

9

15

2012-2014

Non disponible

Non disponible

Non disponible

3) a) b) Les recherches internationales [3] montrent que le taux de mortalité postopératoire en chirurgie bariatrique (1/1 000) est comparable au taux de mortalité d'autres opérations à faible risque (cholecystectomie, hystérectomie, arthroplastie du genou).

4) a) b) En moyenne, après une sleeve gastrectomie, le risque d'aggravation ou de récidive du reflux gastro-œsophagien (reflux acide gastrique) est plus élevé.

Après un bypass, l'une des principales complications à long terme est l'apparition d'une hernie interne (rupture interne) qui peut provoquer une obstruction intestinale aiguë, nécessitant un traitement médical urgent. En principe, ce problème peut être définitif.

La chirurgie bariatrique peut également provoquer des troubles métaboliques et des carences nutritionnelles, qui surviennent en moyenne (et non exclusivement) plus souvent après un bypass qu'après un sleeve gastrectomie ou un banding. Il est reconnu qu'il s'agit d'un problème fréquent, qui peut avoir des conséquences importantes. En outre, des malaises généraux tels que des douleurs abdominales, des ballonnements et des nausées sont exprimés par les patients sur le long terme. Les données d'observation montrent également un risque accru de problèmes liés à la consommation d'alcool, principalement après un bypass.

Afin d’éviter les problèmes médicaux mentionnés ci-dessus, il est important que le patient ait un suivi médical tout au long de sa vie, de prendre correctement les médicaments / suppléments prescrits et d'adapter son mode de vie.

Le KCE mène actuellement une étude complémentaire sur la chirurgie bariatrique. Dans cette deuxième partie, les aspects organisationnels des soins aux patients bariatriques sont abordés. Les soins pré et postopératoires seront traités, en accordant une attention particulière au suivi à long terme.

5) En 2014, une intervention bariatrique a coûté à l'assurance maladie belge environ 3 500 euros pour un banding, 4 400 euros pour une sleeve gastrectomie et 5 000 euros pour un gastric bypass. En outre, le patient paie à ses frais et sans remboursement environ 1 000 à 1 200 euros (sans supplément pour une chambre individuelle). Le coût estimé pour l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI) pour l'ensemble de la chirurgie bariatrique (premières procédures) en 2014 est de 60 105 438 euros [4].

À court terme, la chirurgie bariatrique nécessite donc un investissement de la part de l'assurance maladie, mais celui-ci est relativement faible par rapport au gain de santé obtenu. Les avantages pour la santé peuvent même entraîner des économies à plus long terme, car les maladies causées par l'obésité (diabète de type 2, hypertension artérielle, etc.) peuvent être évitées ou reportées. Bien que le calcul ci-dessus ne tienne pas compte des problèmes médicaux (cités à la question 4), la chirurgie bariatrique est actuellement reconnue comme le traitement durable le plus efficace à long terme de l'obésité morbide (IMC ≥40) et de l'obésité sévère (IMC ≥35), en combinaison avec certaines affections majeures liées à l'obésité.

Toutefois, le traitement de base initial de l'obésité reste un changement de mode de vie (régime alimentaire et exercice physique). Avec un mode de vie sain, la chirurgie bariatrique ainsi que les coûts et risques associés peuvent être évités. Pour avoir droit au remboursement de la chirurgie bariatrique, chaque patient doit prouver, au préalable, qu'un régime a été infructueux pendant au moins un an.

Toutefois, la chirurgie bariatrique doit rester un dernier recours dans la gestion de l'obésité: le rôle de la prévention, axée sur un mode de vie sain, ne peut être trop souligné et doit être à la base de la prise en charge et de la prévention de l'obésité.

[1] Louwagie, P., Neyt, M., Dossche, D., Camberlin, C., ten Geuzendam, B., Van den Heede, K., Van Brabandt, H. (2020). Bariatric surgery: an HTA report on the efficacy, safety and cost-effectiveness (KCE report 316). Consulté le 30 mars 2020, https://kce.fgov.be/sites/default/files/atoms/files/2nd_publication_KCE316_Bariatric_surgery_Report_1.pdf, p. 197.

[2] Actuellement, aucun chiffre de mortalité n'est disponible cinq ans après les interventions effectuées entre 2012 et 2014.

[3] Bockelman C, Hahl T, Victorzon M. «Mortality Following Bariatric Surgery Compared to Other Common Operations in Finland During a 5-Year Period (2009-2013). A Nationwide Registry Study», Obes Surg., 2017;27(9):2444-51.

[4] Louwagie, P., Neyt, M., Dossche, D., Camberlin, C., ten Geuzendam, B., Van den Heede, K., Van Brabandt, H. (2020), op. cit., p. 160.