(Fr.): Question posée en français - (N.): Question posée en néerlandais
L'honorable ministre a envoyé un certain nombre de spécialistes à Gênes afin d'étudier les mesures de sécurité qui devront prochainement être prises en Belgique, notamment dans le cadre du prochain sommet de Laeken. J'aimerais dès lors recevoir une réponse détaillée aux questions suivantes :
1. Comment se fait-il que le noyau des provocateurs a pu arriver à Gênes vendredi après-midi sans rencontrer la moindre difficulté ? Toutes les frontières étaient surveillées, la police et l'armée étaient massivement présentes, on a procédé chaque jour à quelque 1 200 contrôles d'identité et, malgré tout, le noyau des provocateurs a pu rallier sans problèmes, le samedi, les environs de la Piazza Kennedy, l'endroit même où l'on craignait le plus les émeutes.
2. Comment se fait-il que ces mêmes provocateurs ne soient connus de personne dans le mouvement ? Ni par les organisateurs du Genua Social Forum qui regroupe 1 000 organisations, ni par les membres de Tutte Bianchi pas plus que par le mouvement anarchiste classique. Et tout d'un coup, on voit arriver un groupe de 300 à 500 provocateurs organisés au beau milieu de la zone chaude de la ville de Gênes entièrement militarisée.
3. Comment se fait-il que les soi-disant anarchistes s'avèrent en réalité très bien organisés, exécutent des ordres donnés depuis un centre de décision et que ce même samedi, ils ont encore pu se rendre coupables de provocations aux endroits stratégiques de la ville. Les provocateurs allemands, qui ont été vus, sont passés vendredi à des provocations bien manigancées à trois endroits cruciaux. Ils ont tout d'abord essayé d'empêcher la manifestation syndicale de la COBAS en mettant le feu à des sacs poubelles au point de départ et en attaquant la police. Par la suite, ils se sont rendus au quartier général du mouvement, à la Piazza Kennedy pour y détruire les magasins. On a vu comment ils ont voulu bouter le feu à une station-service à proximité, ce que l'on a heureusement pu empêcher à temps. La provocation à cet endroit a manifestement servi d'alibi à la police pour inonder l'ensemble du mouvement populaire de gaz lacrymogène. Enfin, ces mêmes provocateurs ont pris poste juste avant la manifestation pacifique des Tutte Bianchi qui arrivait à la gare de Brignole et ont mis le feu à des voitures, ce qui a déclenché l'intervention de la police qui s'est attaquée à l'ensemble de la manifestation de Tutte Bianchi. C'est dans cet affrontement que Carlo a finalement trouvé la mort.
4. Comment se fait-il qu'à la ville de Gênes, qui était occupée par des journalistes de tous les coins du monde et où le moindre geste était filmé en « close-up », personne de ce que l'on appelle le Black Blok n'a été reconnu après les provocations de samedi ? Comment se fait-il que pratiquement aucun d'eux n'a été arrêté et que l'ensemble de l'équipe des provocateurs professionnels a pu, le samedi, passer une nuit paisible pour être à nouveau présents le jour suivant ?
5. Comme se fait-il que le lendemain, le samedi, toutes les destructions ont eu lieu avant le départ des 300 000 manifestants ? Pendant deux heures, les Black Blokkers ont pu, sans la moindre retenue, détruire des magasins, mettre le feu à des automobiles et à des camions-poubelles et jeter des pierres. Et cela au même endroit que le vendredi, c'est-à-dire à la Piazza Kennedy. Les magasins intacts ont été détruits, des automobiles ont été incendiées et ils ont pu en toute tranquillité bouter le feu à des immeubles sous l'oeil impassible de la police qui se trouvait à quelques centaines de mètres de là. Ce sont d'ailleurs ces images d'immeubles détruits qui ont fait le tour du monde alors que la majorité de ces destructions n'avait rien à voir avec la grande manifestation. Comment se fait-il aussi que deux heures plus tard, lorsque la tête de la manifestation s'avança vers la Piazza Kennedy, la police s'est mise à lancer des grenades lacrymogènes sur ces manifestants pacifiques et calmes, ce qui a eu pour effet de déclencher de nouvelles bagarres ?
6. Comment se fait-il que parmi les 560 manifestants blessés, il n'y ait aucun Black Blokker alors qu'ils sont les seuls responsables de ces provocations et incendies ? Comment se fait-il que presque tous les blessés des manifestations de vendredi et samedi n'étaient pas armés ? Comment cela a-t-il pu se produire alors que toute la presse mondiale consacrait ses articles aux agissements du Black Blok et que la police justifiait tous ses actes et répressions au nom de la lutte contre ce même Black Blok ? La plupart des 560 blessés provenaient des rangs de ceux qui ne se sont pas défendus et qui n'étaient pas armés. Certains manifestants mains en l'air, ont été jetés à terre et battus, de même des femmes âgées portant un drapeau de Greenpeace, des familles qui venaient manifester une journée, des manifestants qui attendaient totalement angoissés et qui ont été roués de coups, même des collaborateurs de la Croix-Rouge n'ont pas été épargnés par la police. Comme se fait-il que plusieurs témoins ont vu, à la prison, des agents de police portant un T-shirt arborant le slogan « Death to G8 »?
7. Comment se fait-il que des magasins, des vitres et des véhicules de simples habitants de Gênes ont été détruits (et pas uniquement des banques et des symboles tels que McDonalds) précisément au moment où le soutien de la population génoise au mouvement atteignait un point culminant ?
8. Comment se fait-il qu'on ait pu voir à la télévision des hommes masqués en T-shirt qui, pendant les bagarres, se sont approchés des dirigeants de police et ont engagé la conversation avec eux ? Le caméraman qui a tourné ces images a raconté qu'il n'en croyait pas ses yeux et qu'ensuite, il a continué à suivre ces hommes masqués pendant tout un temps et qu'il a vu ce même scénario se répéter. Comment se fait-il que l'on ait pu voir à la télévision que des manifestants roulant en Vespa se sont dirigés vers les policiers, ont discuté avec eux et se sont ensuite rendus vers les Black Blokkers pour qu'ils échauffent les esprits ?
9. Comment se fait-il en outre que sur les images prises d'hélicoptère par la police, le samedi, on a pu voir, au milieu des bagarres, soudainement une grande camionnette blanche se diriger vers les provocateurs, ouvrir largement ses portes et distribuer des battes de base-ball et des cagoules ? Comment cette grande camionnette s'est-elle soudainement trouvée au milieu des troublions dans la zone jaune fortement surveillée (qui devait servir de zone tampon en dehors de la zone rouge interdite) au moment où 300 000 manifestants sont réunis dans la ville et que pas la moindre bicyclette ne passait au travers des mailles du cordon policier ? Comment se fait-il également que ces images n'ont été montrées qu'une seule fois et que, par la suite, la presse officielle n'en a plus fait état ?
10. Comment se fait-il enfin que la psychose des bombes qui a touché ces derniers jours l'ensemble de la péninsule italienne ait tout à coup cessé le 23 juillet ? Comment se fait-il aussi qu'après les innombrables images de cette psychose des bombes et de cette table couverte d'armes qui auraient été fournies par un grand trafiquant de drogue ne sont que des images de destruction et de bagarres qui passaient à la télévision alors que 300 000 manifestants défilaient dans le calme ?
Réponse : L'ensemble des questions posées par l'honorable membre porte sur l'attitude et la tactique des autorités et de la police italiennes. Il ne m'appartient ni de justifier, ni de critiquer celles-ci.
Je rappelle en effet que la gestion de l'ordre public relève de la compétence exclusive des autorités de l'État qui accueille un événement.
De même, il ne m'appartient pas de commenter la manière dont les médias ont relaté ces faits.